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Tournage Bristol Thomas Kahn

Tournage dans les rue de Stokes Croft à Bristol

Identités :

Au lendemain de deux jours intenses à Real World Studios, on s’offre un détour par Bristol. Un clip improvisé entre street art, ciel bleu inattendu et mini-concert sauvage, avant le show du soir à Mister Wolf.

Sortir du mythe, revenir au béton

23 mai 2022 — Stokes Croft. La veille encore, on tournait dans la Big Room de Real World, console SSL au centre, lumière diffuse sur l’eau, prises millimétrées, concentration maximale. Deux jours hors du temps. Et puis, presque sans transition, on se retrouve à Bristol, dans Stokes Croft, quartier où les murs parlent plus fort que les panneaux publicitaires.

Sixième jour de voyage, quatrième en Angleterre. La fatigue commence à s’installer, mais elle est encore douce, portée par l’adrénaline. Le soir, concert à Mister Wolf. Entre les deux, une envie simple : capturer quelque chose. Pas un live studio, pas une session encadrée par un planning serré. Juste un moment. Et comme si le timing avait été négocié avec un régisseur météo particulièrement bienveillant, le ciel s’ouvre. Grand bleu, lumière de début d’été. Un éclairage naturel que même un chef op rêveur n’aurait pas osé demander.

Improviser sérieusement

L’idée est simple, presque naïve : tourner dans la rue. Pas un clip léché avec autorisations, barrières et talkie-walkies. Un clip organique, en mouvement, entre béton et couleurs.

Pour les couplets, je passe au stabilisateur. Thomas marche dans les rues de Stokes Croft. Chaque mur derrière lui est une fresque. Bristol n’est pas seulement une ville, c’est un terrain de jeu pour le street art. Les graffitis y sont presque institutionnels, et l’énergie qui s’en dégage colle parfaitement à la soul du projet.

Pour les refrains, retour à la caméra épaule. Le groupe au complet. Un peu de mouvement, un peu de souffle. J’aime cette sensation-là : danser avec les musiciens sans connaître les pas. On suit l’énergie, on respire avec la musique, on accepte les micro-déséquilibres. La stabilité parfaite est parfois moins honnête que le mouvement vivant.

On n’a pas le luxe de multiplier les prises. Planning serré, concert le soir. Mais c’est aussi ce qui rend l’exercice excitant. Quand on n’a pas trop de temps, on va à l’essentiel.

Monter un concert en cinq minutes

On repère une rue calme. Assez large pour ne pas gêner, assez vivante pour exister. On jette quelques regards autour de nous – ce moment universel où l’on vérifie qu’on ne va pas déclencher une alerte municipale. Mais à Bristol, faire de la musique dans la rue ressemble presque à un service public. On ramène le camion. On installe rapidement. Set éphémère. Câbles, instruments, énergie prête à sortir. Quatre ou cinq prises. Et puis les fenêtres s’ouvrent. Les têtes se penchent. Des sourires apparaissent. Un mini-concert improvisé, offert à des voisins qui ne l’avaient pas prévu. C’est dans ces moments-là que la frontière entre tournage et performance disparaît. La caméra cesse d’être un outil, elle devient un témoin. On n’est plus en train de “fabriquer un clip”. On vit quelque chose.

Entre surf et responsabilité

Tourner sans autorisation officielle, c’est un peu comme surfer. Il faut sentir la vague, savoir quand entrer, et être prêt à sortir rapidement si le courant change. On reste attentifs. Respectueux. Discrets. Heureusement, l’accueil est chaleureux. Personne ne nous demande de partir. Au contraire, l’énergie circule. Je repense à la veille, à Real World, à la précision chirurgicale des placements de micros, à la concentration absolue. Et ici, au milieu des murs colorés, tout est plus brut, plus immédiat. Mais au fond, c’est la même chose : chercher la justesse.

Une respiration dans le voyage

Bristol agit comme une respiration après l’intensité du studio. On sort du cadre mythique pour revenir au réel, au béton, aux passants. Et pourtant, l’exigence reste là. Le projet Real World était structuré, financé, encadré. Bristol est libre, improvisé, presque clandestin. Mais il fait partie du même récit. Il montre une autre facette du groupe : capable de tenir un studio mythique, et de transformer une rue en scène en quelques minutes.

Le soir, on joue à Mister Wolf. Autre énergie, autre cadre. Mais ce petit clip improvisé restera comme un moment à part, capturé entre deux concerts, entre deux pays, entre deux états d’esprit. Parfois, les meilleures images ne naissent pas d’un planning parfait. Elles surgissent parce qu’on a décidé de garder la caméra allumée et de suivre l’élan. Et Bristol, ce jour-là, avait clairement envie de jouer avec nous.