Un an après les premières résidences, retour à la Coopérative de Mai pour la sortie officielle du deuxième album de Thomas Kahn. Grande salle pleine, famille, amis, tournée derrière, et cette sensation étrange d’avoir bouclé un cycle… sans savoir encore quoi en faire.
21 octobre 2022 – Clermont-Ferrand. Retour à la Coopé, la grande salle cette fois. Pas une résidence, ni une captation technique. Un vrai concert de sortie d’album. This Is Real est officiellement dehors. Après des années d’écriture, de composition, de répétitions, de doutes, d’ajustements, et presque un an de tournée pour laisser l’album respirer sur scène : il existe enfin dans le monde.
La salle se remplit : famille, amis, fans, amis d’amis… Techniciens croisés sur d’autres dates, musiciens d’autres projets. Entrepreneurs, acteurs, lighteux, ingés son… Je croise des visages connus dans presque chaque coin du hall. Et je vois le réseau, le mouvement.
La pression douce des grandes soirées
Une release party, ce n’est pas un concert comme les autres. Il y a une pression particulière, autre que la découverte, ni celle du festival. Une pression émotionnelle. L’album est là, il est tangible. Il est jugé, célébré, attendu. Thomas est concentré. L’équipe aussi. En première partie, Pheme ouvre la soirée. L’énergie monte progressivement. On sent que le public n’est pas là par hasard : il y a de l’attachement dans l’air.
Garder une trace
Pour l’occasion, je n’ai pas pu m’en empêcher. Je monte un multicam simple, seul, comme je sais le faire : deux FX en cour et jardin, un plan central, et moi à l’épaule pour respirer avec le live. Rien de démesuré, pas une production lourde. Juste ce qu’il faut pour ne pas laisser la soirée s’évaporer. Il faut garder une trace, ne serait-ce que pour les soirées d’hiver.
La salle est belle., les lumières bien posées. La musique a gagné en maturité depuis les premières résidences. On sent que l’album a été poli par la route, et ajusté par la scène. Modifié par le mouvement. Un disque n’est jamais figé : il évolue avec ceux qui le jouent.
Coulisses et ivresse par procuration
En backstage, je capte autant que possible. Des regards avant l’entrée en scène, accolades, respirations profondes, petits silences. Pas si facile à surprendre.
Il y a quelque chose d’ivresse, mais calme. L’ivresse d’une restitution. Le sentiment que tout ce qui a été travaillé dans l’ombre se matérialise enfin devant des visages familiers. Je filme ça aussi, parce que ce sont ces moments-là qui donnent de la densité à un récit. Pas seulement la performance, mais l’avant et l’après.
Voir le cycle
Au milieu de la soirée, je ressens quelque chose d’étrange : un semblant de boucle. La Coopé, où tout a commencé pour moi avec ce projet. Les résidences. La première captation live. Real World. Bristol. Festival. Taratata. Et maintenant, retour ici, dans la grande salle, pour célébrer un album officiellement sorti. Ça pourrait être une fin. Mais je sens que ce n’est pas encore le moment. Il me manque le fil directeur. Je vois les pièces. Je vois la matière. Je vois qu’il y a quelque chose de plus grand que la simple succession d’événements. Mais je ne sais pas encore quoi en faire.
Il y a un peu de nostalgie dans ce sentiment. Un peu d’introspection. Comme si une page se tournait sans que le chapitre soit totalement terminé.
Et maintenant ?
Les lives sessions de Real World ne sont pas encore sorties. Elles attendent leur moment. Elles sont dans les mains du label, prévues pour accompagner une version “deluxe” de l’album, plus tard. Une version enrichie, avec ces enregistrements anglais qui ont marqué un tournant. Alors je termine les montages. J’affine, range, prépare.
Peut-être que c’est ça, le vrai travail : continuer même quand on ne voit pas encore la forme finale. Ce soir-là, en quittant la Coopé, je ne me dis pas “c’est fini”. Je me dis plutôt : “j’ai vécu quelque chose de dense.” Et il faudra en faire quelque chose, un jour.