Un tournage fond vert pour préparer le spectacle de Noël 2024 de Lez’arts Vivants, entre théâtre jeune public, personnages projetés et bricolage vidéo au service de la scène.
16 janvier 2024 – Imago. Lez’arts Vivants est arrivé chez Imago avec un projet qui ressemblait déjà à un petit casse-tête de spectacle vivant : préparer leur création de Noël 2024 en intégrant des séquences vidéo directement dans la mise en scène.
Pendant quatre jours, on a donc installé un tournage fond vert pour donner vie à toute une série de personnages destinés à apparaître ensuite sur scène. Des personnages filmés, projetés, capables d’interagir avec les comédiens présents physiquement pendant les représentations. Une sorte de dialogue entre plateau réel et présences numériques, pensé pour enrichir le spectacle sans lui retirer son côté vivant.
C’est un équilibre intéressant. La vidéo ne devait pas remplacer le théâtre, ni transformer la scène en écran géant vaguement animé. Elle devait ouvrir des possibilités : faire apparaître plus de personnages, jouer avec l’imaginaire, créer des échanges impossibles autrement, et permettre à la compagnie de déployer son univers dans plusieurs directions à la fois.
Du fond vert pour fabriquer du théâtre
Le fond vert a parfois une image très “effets spéciaux”, presque trop technique. On imagine vite des super-héros, des explosions, ou une météo télé un peu triste. Ici, l’usage était beaucoup plus artisanal et beaucoup plus théâtral.
Les comédiens jouaient face caméra avec les contraintes du plateau : regarder au bon endroit, anticiper une interaction future, garder l’énergie du jeu sans avoir encore la scène finale autour d’eux. Ce n’est pas évident. Au théâtre, le corps s’appuie sur l’espace, sur les partenaires, sur les réactions. Là, une partie du décor et des échanges n’existait pas encore.
Il fallait donc filmer proprement, mais aussi laisser suffisamment de place au jeu. Trouver le bon cadre, garder une lumière régulière, penser aux incrustations futures, tout en respectant la précision du théâtre jeune public : les intentions doivent être claires, les rythmes lisibles, les personnages immédiatement compréhensibles.
Le jeune public ne pardonne pas le flou
Ce tournage m’a aussi rappelé à quel point le théâtre jeune public demande une vraie finesse. On pourrait croire qu’il suffit d’en faire plus grand, plus coloré, plus énergique. En réalité, c’est souvent l’inverse : il faut être très précis.
Les enfants sentent vite quand une intention est molle, quand une blague tombe à côté, quand un personnage n’est pas clair. Ils ne remplissent pas les blancs poliment comme des adultes en sortie culturelle du jeudi soir. Ils réagissent vraiment. Parfois fort. Parfois immédiatement. Parfois avec une franchise qui ferait trembler n’importe quel comité de validation.
Les comédiens de Lez’arts Vivants travaillaient justement dans cette zone-là : rendre les personnages vivants, lisibles, généreux, sans perdre la justesse du jeu. La vidéo devenait un outil supplémentaire dans cette mécanique, mais le cœur restait bien le théâtre.
Une collaboration qui clôt une étape
Ce tournage avait aussi une saveur particulière parce qu’il marquait la fin d’une belle période de collaboration avec Corentin, alternant chez NGC pendant l’année écoulée. Il a accompagné ce projet avec sérieux, énergie et cette capacité précieuse à rester utile quand un plateau commence à accumuler les détails techniques.
Quatre jours de fond vert, de prises à organiser, d’ajustements, de fichiers à sécuriser, de personnages à suivre : ce n’est pas forcément le tournage le plus spectaculaire vu de l’extérieur, mais c’est typiquement le genre de projet où l’on comprend que la vidéo peut servir la scène de manière très concrète.
Lez’arts Vivants préparait un spectacle de Noël. Nous avons fabriqué une partie de ses fantômes numériques, ses doubles, ses apparitions, ses petits morceaux d’imaginaire en avance.
Et quelque part, c’est une définition assez simple de ce que j’aime dans ces projets hybrides : utiliser la technique non pas pour impressionner, mais pour agrandir un peu le terrain de jeu des artistes.