Hands à Tour du Sud : construire un live avant de filmer un clip
13 octobre 2025 – Studios du Paradis, Royat. Il y a des tournages où tout est verrouillé à l’avance : storyboard, timecode, découpage millimétré, plan de travail militaire. Et puis il y a ceux qui ressemblent davantage à une répétition générale sous stéroïdes. Hands faisait clairement partie de la deuxième catégorie.
Tour du Sud a ce truc particulier : ce n’est pas seulement un lieu où l’on vient enregistrer ou tourner. C’est un endroit où les idées circulent vite. Les Studios du Paradis portent bien leur nom : architecture étrange, vue suspendue au-dessus de Clermont, grandes pièces qui résonnent naturellement… On a l’impression qu’un groupe peut s’y installer quelques jours et voir un projet muter tout seul.
Des miroirs, du brouillard et quelques bonnes idées
Pour cette session, Jessy et Nico avaient imaginé un décor basé sur des jeux de miroirs. Rien de gigantesque ni de démonstratif : juste assez pour fragmenter les reflets, casser les perspectives et prolonger l’identité du morceau dans l’image. Exactement le genre de dispositif que j’adore filmer : simple en apparence, mais vivant dès qu’on commence à déplacer une caméra ou une source lumineuse.
Kitty prend alors le relais à la lumière. Là aussi, l’idée n’était pas de transformer le studio en sapin de Noël sous acide. Quelques sources bien placées, des variations discrètes, un peu de brouillard pour donner de la matière à l’air… et surtout laisser la musique respirer. Souvent, les meilleures lumières ne cherchent pas à voler l’attention. Elles accompagnent le morceau comme une basse qu’on ne remarque pas consciemment, mais dont l’absence ferait s’écrouler tout le reste.
Pendant ce temps, Rémi et Nico installent un véritable studio d’enregistrement multipiste au milieu du décor. C’est un point important dans ce type de captation : on ne “fait pas semblant” de jouer pour la caméra. Le groupe joue réellement, enregistré dans de bonnes conditions, avec l’énergie d’une vraie session live. Ça change complètement la manière de filmer. Les regards, les respirations, les micro-débordements… tout devient plus crédible parce que rien n’est totalement rejoué.
Construire le morceau avant de construire les images
La méthode qu’on utilise depuis quelques années maintenant est assez simple : commencer par capturer une prise complète avec plusieurs angles pour obtenir une version solide du morceau. Une sorte de colonne vertébrale. Cette première prise devient ensuite le guide pour reconstruire progressivement le clip autour de la performance réelle.
À partir de là, on peut recommencer le morceau autant de fois que nécessaire, mais avec un objectif précis à chaque passage : un mouvement de caméra plus libre, des plans serrés sur une interaction, une texture lumineuse particulière, un reflet intéressant dans un miroir, ou simplement une énergie différente qui apparaît au troisième ou quatrième run. C’est presque plus proche du documentaire musical que du playback classique.
Et c’est probablement ce que j’aime le plus dans ce genre de tournage : ce moment où la technique arrête d’être visible. Quand tout le monde connaît suffisamment bien le morceau pour ne plus réfléchir aux machines. Les caméras commencent alors à tourner “avec” la musique au lieu de simplement l’enregistrer.
Un lieu pensé pour expérimenter
Tour du Sud fonctionne particulièrement bien pour ça. Parce qu’au-delà des murs ou du matériel, il y a surtout des gens qui savent créer un espace où les artistes peuvent tester, improviser, recommencer sans avoir l’impression d’être dans une usine à contenu. Et aujourd’hui, honnêtement, ça devient rare.