On revient à la Coopérative de Mai quelques semaines après l’ Interview Thomas Kahn à Flowercoast. Cette fois, ce n’est pas pour valider quatre tracks à envoyer en urgence, ni pour poser des questions dans un garage chargé d’histoire. C’est un filage. Le dernier avant Saint-Malo. Le dernier avant l’Angleterre. Le dernier avant Real World.
Entre deux moments, un basculement
27 avril 2022 — La Coopérative de Mai. Entre l’interview et ce filage, le projet a franchi une étape décisive : le dossier CNM a été accepté. Ce que nous avons proposé est simple et ambitieux à la fois : enregistrer 10 à 12 sessions live à Real World en configuration 100 % organique – console au centre, musiciens en cercle, prises intégrales – et documenter les coulisses du processus. Les performances seraient le cœur visible du projet. Les images en marge, la respiration. À partir de là, le voyage devient réel.
Le “filage” (qui n’a rien de modeste)
Le mot “filage” sonne modeste. En réalité, c’est le moment où on regarde le show comme un objet entier, pas comme une addition de morceaux. On ne joue pas devant un public venu passer une bonne soirée, mais devant des professionnels, des partenaires, des amis proches, des techniciens. Des gens qui savent ce qu’ils regardent. Des regards attentifs, précis, parfois silencieux, toujours exigeants. Le quintet est solide. Ça groove, ça respire, ça se répond. On n’est plus dans l’expérimentation : on est dans la mise en cohérence. Transitions, dynamiques, équilibre entre lumière et musique, narration du set. C’est presque de l’architecture sonore. Et l’architecture tient.
Côté caméra : moins de dispositif, plus d’instinct
De mon côté, je ne déploie pas l’artillerie multicam comme en janvier. Pas de dispositif lourd, pas de validation technique à livrer. Cette fois, je me faufile. Je capte des instants backstage, des regards, quelques phrases de Thomas, des gestes qui ne sont pas destinés à être vus. C’est la première fois que je tourne sans objectif “livrable” clair. Je prends ce qui me semble nécessaire, instinctivement. Ce qui raconte l’intérieur du projet.
Je crois que ça vient de là, ce désir déjà présent de faire autre chose avec la vidéo. À l’époque de ma chaîne YouTube, je racontais, je documentais, je bricolais des formats hybrides entre technique et récit. Ici, je sens que ça pourrait prendre une autre dimension. Pas un vlog, pas un making-of. Mais quelque chose de plus immersif. Plus long. Plus patient. Je ne sais pas encore comment, ni si ce sera viable, mais je sens que ça existe quelque part.
Real World, au-dessus de tout
Et au-dessus de tout ça, il y a Real World. Le studio fondé par Peter Gabriel. Un lieu mythique, perdu dans la campagne anglaise, où des albums majeurs ont vu le jour. Je ne vais pas mentir : dans ma tête, c’est un peu Disneyland version analogique. Le château, mais avec des Neve, des micros vintage et des murs chargés d’histoires. Pour un type qui a grandi à tirer des câbles et à faire de la poursuite à douze ans, c’est difficile de ne pas trouver ça “trop cool”. Un studio dont on a lu les crédits sur des pochettes d’albums, dans lequel on va poser nos caméras. Ça dépasse le simple déplacement professionnel.
Pourtant, je reste lucide. Je sais faire du live, naviguer dans un plateau. Les 10 plans séquences finaux de morceaux, je suis presque détendu sur cette partie-là. Ce qui est plus flou, c’est la suite : la partie « documentaire » du projet. Comment tout ça va s’articuler ? Comment transformer cette opportunité rare en quelque chose de structurant ? Aucune idée précise. Mais je sais une chose : on y va :p.
La dernière respiration
Ce filage est la dernière respiration avant le départ. On vérifie que le show tient, que l’équipe est prête, que la machine tourne. Et moi, discrètement, je commence à garder plus d’images que nécessaire. À laisser la caméra tourner un peu plus longtemps. À me dire que ce voyage ne sera peut-être pas seulement une série de live sessions. Parfois, un projet ne commence pas avec une annonce officielle. Il commence avec un filage un peu technique, une salle presque vide, et une idée qui prend racine sans faire de bruit.