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Abbey Road Thomas Kahn : la reprise en grand

2 jours chez les Beatles !

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Après l’arrêt brutal de 2024, Thomas retrouve sa voix et prépare un nouvel album. Un appel inattendu relance tout : deux jours de live sessions à Abbey Road, puis un clip dans Londres. Cette fois, je ne porte pas le projet. Je viens pour filmer. Et quelque chose, enfin, s’organise.

Le coup de fil qui rallume tout

15 août 2025 – Clermont-ferrand. Quelques jours après la publication de Thomas KAHN – Doomed from the start, le téléphone sonne. « Hello Nath, on monte un projet foufou. Tu serais dispo du 2 au 5 novembre pour aller tourner une live session à Abbey Road ? »

Thomas a retrouvé sa voix. Il bosse sur un nouvel album. Les dates se calent. Le planning de l’année suivante se dessine. Et au milieu de cette reprise, Abbey Road. Je sens immédiatement le basculement. À Real World, je portais le projet. Ici, Thomas gère le financement, la production, les partenaires. Il a besoin de moi pour refaire ce que nous savons faire ensemble : caméra épaule, immersion, présence continue.

On ne parle pas encore frontalement du documentaire, mais la lumière s’allume dans un coin de ma tête. J’ai déjà avancé le fil narratif, travaillé les dérushs, cherché du sens. Il me manquait du relief : le voilà.

Entrer dans Abbey Road

Nous partons en train. Départ 4h30, Paris, tunnel sous la Manche. L’équipe nous rejoint. Un hôtel à Paddington, resto, concentration, nuit étonnamment calme malgré la sinusite dentaire et le combo antibio–cortisone–anti-douleur qui me transforme légèrement en hamster sous stéroïdes. Mais je suis détendu. Je sais exactement ce qu’on attend de moi.

Le matin, passage piéton obligatoire devant le studio le plus photographié du monde. Puis badge, couloirs tapissés de photos historiques, et installation rapide avec Laurent pour cadrer les contraintes son/image. Pas le temps de visiter. On travaille d’abord.

Nous sommes principalement installés dans Studio 3, le plus petit des trois studios historiques d’Abbey Road Studios. Celui où Pink Floyd a enregistré une grande partie de The Dark Side of the Moon. Studio plus intime, plafond plus bas que la grande salle orchestrale, mais chargé d’histoire. Dans la régie, une console EMI TG12345 Mk I — héritière directe des consoles utilisées par les Beatles à la fin des années 60. Pas un musée. Toujours fonctionnelle. Toujours vivante.

À 13h, après le repas à la cafétéria interne (cuisine à la demande, efficace, sans folklore inutile), on prend enfin le temps de visiter. Studio 2, celui des Beatles, le plus “dans son jus”, avec sa grande pièce à double hauteur, son parquet, son odeur presque inchangée. C’est là que Abbey Road a été enregistré. Plus loin, Studio 1, la cathédrale orchestrale, immense, utilisée pour des bandes originales majeures. Star Wars, Harry Potter, des productions Disney. On passe par les recoins, les petites rooms, les stocks de matériel. C’est ancien, dense, habité. Mais l’histoire ne nous regarde pas. Elle nous tolère.

Sport de combat en plan séquence

Full band. Featuring surprise. Quatre cordes du London National Orchestra. Trois choristes. Dix titres à enregistrer en vingt-quatre heures effectives sur quarante-huit.

Le studio 3 est bien plus contraint que Real World. Beaucoup de micros, beaucoup de pieds, peu de recul. Une seule caméra autorisée. Lumière froide, faible, diffuse, peu flatteuse. Impossible de tourner autour de Thomas comme en Angleterre, quelques centimètres de marge à peine. Grand angle exclu, on refuse l’effet fisheye dans un lieu pareil. Je joue du zoom, j’anticipe, je respire avec lui.

Pour la première fois, j’utilise le DJI Mic différemment : le récepteur branché dans mon casque, l’émetteur connecté en jack au retour console. J’ai le mix en direct dans les oreilles. Ça change tout. Je sens les dynamiques, j’anticipe les montées.

Les premières prises démarrent vers 15h30. Trois ou quatre titres le premier jour. Des dizaines de prises. Fin à 20h. Resto mexicain. Dodo.

Deuxième jour, 9h–20h. Cordes, invités, choristes. Six à huit titres supplémentaires. Intensité maximale. Je suis frustré dans mes mouvements, mais j’apprends à composer avec la contrainte : hauteurs, vitesses, micro-ajustements. Tout le monde est concentré, mature, rapide. Ça communique sans bruit.

Entre deux prises, je parle avec Thomas du nouvel album, du planning à venir, des dates déjà calées, de la sortie envisagée. On évoque aussi le documentaire. Pas comme une priorité immédiate. Comme une évidence future.

Londres, autre décor

Lundi et mardi, changement d’énergie. Vivi de HmwK arrive pour tourner un clip dans les rues de Londres. Autre défi, autre Thomas.

On tourne dans le métro, dans des rues improbables, au milieu des passants. Thomas chante et danse seul dans la ville. Plus de band, ni de studio. Juste lui et l’espace public. C’est un autre métier. Une autre tension. Il faut oser occuper l’espace sans l’envahir.

Je donne un coup de main sur le backstage, je filme des fragments, puis je m’éclipse parfois pour marcher dans Londres, vidé mais content. Camden. Quinze kilomètres par jour. Pelicase à la main. Airbnb à Paris au retour. Train pour Clermont.

Ce que ça révèle

Abbey Road n’est pas seulement “plus légendaire” que Real World. C’est une réponse. Real World, c’était l’élan. L’ambition internationale. Abbey Road, c’est la reprise après l’arrêt. Plus dense, plus consciente.

Ce que je trouvais trop linéaire dans mon fil narratif trouve enfin sa tension. Un début. Un stop. Une reprise. Et maintenant, une projection. Je rentre avec des rushs lourds, des discussions précieuses, et un sentiment clair : le documentaire ne sera pas un bonus. Il devient la colonne vertébrale invisible de ces années.

Et cette fois, je sais que je ne laisserai pas la lumière s’éteindre.